jeudi, mars 10, 2011

Ivresse.

La solitude n'est pas un choix, mais une fatalité.
Bercée par un fauteuil de sarcasmes, la honte est seule tortionnaire à ne pas se cacher.
Elle aurait pû rester des heures, je crois, dans cette pièce. Sa propre prison, son corps, a emporté sa raison. À trop rêver de pouvoir ouvrir enfin cette porte condamnée, qu'elle regarde depuis des années, à briser le miroir qui ne reflète plus rien de sa personne. À essayer toutes ses jolies robes de bal qui s'offraient à elle, dans une penderie un peu délabrée. Elle aurait dû regarder par la fenêtre bancale, pousser les volets grinçants, et laisser entrer la lumière du jour.

Aucun meuble, hormis une coiffeuse du style moyenâgeux, qu'elle n'a jamais pris la peine de fouiller. Son seul tiroir aurait pu contenir n'importe quoi, une clef, des tissus, quelque chose d'insignifiant à nos yeux, mais qui lui aurait permis de s'échapper un temps soit peu, néanmoins elle se complaisait à rester enfermée là, les yeux rivés sur une poignée de porte ancienne qu'elle ne tournera jamais.

C'est triste, comme la peur l'a immunisée de toute envie de quelque escapade que se soit. C'est encore une enfant, qui, contrairement à une majorité, libres, ne joue pas en bas de ses barreaux. Souvent elle a rêvé qu'elle fût une princesse emprisonnée dans une tour, par une méchante belle-mère, et bien gardée par une créature fantastique et diabolique. Mais rien ne gît dans les escaliers, ni dragon, ni araignées, il n'y a aucune tour dans ce plein pied, une maison vide, une maison close, mais au sens propre, sans putains et bordel. Un silence à lié. Pourtant, on y ressent aucune oppression, aucun signe de détresse, elle vagabonde, dans son 7m², comme si devant elle s'étendait un hectare.

La rêveuse, emportée par sa suffisance d'illusions, a refusé elle-même de connaître l'existence du monde extérieure. Elle a rejeté de son plein gré la réalité.

Parfois jalouse, je passe encore devant cette bâtisse, en me disant que moi aussi, j'aurais préféré être à sa place, seule mais à l'abris du dehors. À l'abris des autres, et des contraintes imposées.

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